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31/12/2021

[ LUMIÈRE ]

    •    Radiations dont l'action sur l'oeil humain produit les impressions visuelles. La lumière est donc d'abord une condition nécessaire à la perception des oeuvres d'art s'adressant à la vue (arts plastiques, arts du spectacle).
    •    Outre son rôle dans l'existence de ces perceptions, la lumière influence aussi leurs qualités. Elle donne aux couleurs des apparences différentes, selon qu'elle réunit toutes les radiations de la lumière blanche solaire, ou seulement celles d'une partie de son spectre (différence entre la lumière du jour et les lumières artificielles ; mélanges de couleurs par éclairage d'une surface colorée avec une lumière colorée). La direction dont vient la lumière modèle les reliefs en y déterminant des zones éclairées et des zones d'ombre, ce qui est très important pour les oeuvres d'architecture ou de sculpture ainsi que pour l'art du théâtre.
    •    Enfin la lumière peut être en elle-même le matériau de certains arts qu'on peut grouper sous le nom général d'arts de lumière. Les uns utilisent des matières transparentes pour les faire traverser par la lumière (verre, vitrail). Les autres utilisent les reflets de la lumière sur les surfaces lisses. Enfin beaucoup sont des arts de créer des sources de lumière et des objets lumineux ; tels par exemple les illuminations, les feux d'artifice, les fontaines lumineuses, etc. Très souvent les arts de lumière jouent sur l'apparence d'immatérialité désincarnée que prend la lumière, et sur la splendeur qu'elle crée dans la nuit ou l'obscurité, pour faire naître une atmosphère d'émerveillement, et des catégories esthétiques telles que le féérique, le fantasmagorique, le fantastique, le merveilleux.

---> ARTIFICE, ÉCLAIRAGE, ILLUMINATION.

 

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30/11/2021

[ KALÉIDOSCOPE ]

    •    Étymologiquement, "qui fait voir de belles images". Le nom indique déjà que le principal intérêt de cet instrument optique est d'ordre esthétique. C'est un tube où deux longs miroirs sont accolés pour former un dièdre de 30° ; pour qui regarde par un bout, les reflets des miroirs l'un dans l'autre donnent des menus objets placés à l'autre bout (généralement des morceaux de verre colorés) une image multipliée qui forme une rosace. Chaque mouvement de ces objets engendre une rosace nouvelle, due au hasard ; c'est donc un instrument de compositions aléatoires, en nombre infini. Le kaléidoscope est parfois utilisé dans les arts plastiques, surtout décoratifs, pour donner des idées. L'interprétation de ses images comme représentatives a aussi été utilisée pour l'invention littéraire. Mais le kaléidoscope est souvent apprécié pour lui-même ; ses puristes considèrent même les autres utilisations comme des déviations. L'adjectif kaléidoscopique est employé par analogie pour qualifier toute succession d'images indéfiniment renouvelées.

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31/10/2021

[ JARGON ]

    •    Jargon est à l'origine une autre forme du mot argot ; il désigne au sens propre ce que les linguistes appellent une langue spéciale, c'est-à-dire une langue qui sur le fonds commun d'une langue vivante courante développe un vocabulaire particulier à un groupe d'individus, compréhensible aux seuls initiés, obscur pour le grand public. Le mot a désigné plus particulièrement, vers la fin du Moyen Âge, la langue secrète des malfaiteurs (voir, par exemple, les poèmes en jargon, de Villon). On a aussi appelé jargon, surtout vers les XVIIè et XVIIIè siècles, tout langage mêlé de termes dialectaux ou étrangers. Toutes ces formes de jargon présentent des aspects pittoresques et ésotériques, parfois amusants, qui les rendent susceptibles d'utilisations littéraires intéressantes.
    •    Mais on emploie aussi jargon pour désigner un langage maladroit, aux mots déformés, ou au contraire un langage trop savant, ou celui d'une petite coterie qui n'a des motifs bien vains pour ne pas parler comme tout le monde. Cet emploi du terme jargon est alors péjoratif, et on blâme un écrivain quand on dit qu'il use de jargon.

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30/09/2021

[ IMPAIR ]

    •    Qui n'est pas divisible par deux. Ce terme ne se définit que par rapport à ce qu'il n'est pas, aussi ne prend-il d'importance esthétique que par relation avec le pair. Dans une disposition triangulaire, pentagonale, une mesure à trois temps… c'est bien plus le trois, le cinq, qui apparaissent positivement, que le non-deux (on sait combien les nombres trois et sept ont été auréolés de valeur magique). Le terme d'impair est donc un terme d'esthétique lorsque des éléments en nombre impair se trouvent disposés dans une structure binaire, ou qu'on aurait attendue telle.
    •    Dans les arts plastiques, et surtout les arts décoratifs et l'architecture, l'impair a une propriété importante dans les cas de symétrie : un des éléments est placé en position centrale, donc forte, sur l'axe. Une symétrie d'éléments pairs fait passer l'axe par un vide. Un péristyle à un nombre pair de colonnes met les entrecolonnements en face des portes en nombre impair, avec une porte au milieu de la façade.
    •    En littérature, dans le vers impair c'est-à-dire impair de syllabes, cette imparité est un peu sensible dans les vers courts ; mais elle l'est beaucoup plus dans les vers de 9, 11 ou 13 syllabes quand une césure presque médiane les divise en hémistiches inégaux mais presque équilibrés. Cette disposition prête aux catégories en demi-teintes, aux appels sans réponse juste, aux évanescences et aux mélancolies. On sait que c'est l'exemple de Marceline Desbordes-Valmore qui a montré l'intérêt esthétique du vers impair, surtout dans le Songe intermittent d'une nuit triste, où Verlaine et en général les Symbolistes ont trouvé un modèle (Verlaine, Art Poétique : "De la musique avant toute chose/ Et pour cela préfère l'impair/ Plus vague et plus soluble dans l'air/ Sans rien en lui qui pèse ou qui pose").

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31/08/2021

[ HARDI ]

    •    À la fois audacieux et assuré. On a parfois traité de hardi, en littérature, ce dont le contenu heurte les opinions reçues ou courantes, ou les bienséances ; mais ce n'est guère là un sens esthétique. L'esthétique prend généralement hardi de manière laudative ; elle qualifie ainsi ce qui, dans une oeuvre d'art, chez un artiste, un écrivain, est nouveau, hasardeux (car ne s'appuyant pas sur des procédés éprouvés, et prenant des risques techniques), mais si fermement et même puissamment conçu ou exécuté que le résultat est heureux, simple et grand. On parle ainsi d'un style hardi, un plan hardi, etc. En architecture, s'applique surtout à ce qui défie la pesanteur et triomphe de fortes difficultés pour réussir à donner à un édifice une grande élévation.

---> AUDACE.

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31/07/2021

[ GESTATION ]

    •    Au sens figuré, période pendant laquelle un artiste, un écrivain travaille à une oeuvre en cours ; c'est aussi l'état de l'oeuvre pendant cette période. Pour l'auteur, la gestation est un état très particulier, de travail, mais aussi de préoccupation et même de hantise jusque dans la vie courante ; il a l'impression de vivre dans deux mondes à la fois, celui de l'oeuvre et le monde réel ; et il s'est orienté vers l'achèvement, il sent cependant avec l'oeuvre une intimité à laquelle il regrette souvent de devoir mettre fin. Pour l'oeuvre, ce n'est pas seulement l'inachèvement ; c'est un état dynamique de transformations perpétuelles ; les brouillons, les esquisses en donnent une idée, mais ne rendent pas l'essentiel, qui est ce statut de toujours mouvant.

---> CONCEPTION, ESQUISSE.

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30/06/2021

[ FARFELU ]

    •    Adjectif ancien, attesté du XIIIe au XVIe siècle sous des formes variées : farfelu, faufrelu, etc. Il appartient à la nombreuse famille issue du grec πομφόλυξ (pompholyx), ampoule de sérosité ou bulle d'air. Après un tour par l'italien, il est revenu nous donner fanfreluche. L'idée générale est celle de léger et plaisant, agréable, mais à ne pas prendre au sérieux. Dans Parthenopeus de Blois, une jeune fille courtisée par un jeune homme qu'elle hésite à croire sincère lui dit qu'il ne faut pas croire les galants "quand ils ont dit leur faufelue".
    •    Sous la forme farfelu donnée par Rabelais, le terme a été remis à la mode vers le milieu du XXe siècle, en y ajoutant l'idée d'une certaine bizarrerie. L'adjectif qualifie surtout des personnes, ou des comportements humains. On parle aussi de "genre farfelu" en littérature ou au cinéma : il s'agit d'oeuvres amusantes qui jouent sur une étrangeté allègre, en joyeux contraste avec la logique ou les lois ordinaires du réel.

---> BIZARRE

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31/05/2021

[ ÉBAUCHE ]

    •    L'ébauche est soit, en charpenterie, le dégrossissement du bois pour en faire une poutre, un balcon (du francique balk, "poutre"), soit l'extrait de mortier (cf. l'irlandais balc, "mélange boueux"). Elle est dans le bâtiment la préparation encore grossière d'un ouvrage. Par suite, elle est en peinture et sculpture la disposition préparatoire des masses ; et, dans un sens plus figuré en littérature et musique, elle est la mise en place des grandes lignes d'une oeuvre avec quelques fragments rédigés de manière encore provisoire (ceci la distinguant du simple plan).
    •    Elle est ambiguë. D'un côté, elle n'est qu'une esquisse approximative de l'oeuvre, prime essai d'organisation du matériau, sans valeur tel quel. D'où l'acception péjorative d'oeuvre informe qui n'a pas encore atteint son achèvement. De l'autre, elle est le temps du choix créatif qui, par un geste spontané ou médité, par l'ébauchoir, mène l'oeuvre de la velléité à la présence (cf E.Souriau, correspondance des arts, IV, XII) en marquant la matière d'une fin spirituelle transformant la nature en art. D'où une beauté imprévue, tels les Esclaves de Michel-Ange.
    •    Par là elle pose la question d'une herméneutique de l'origine matérielle, spirituelle de la création ; ainsi, selon Heidsick, "l'ébauche mentale (…) l'ébauche incessamment continuée (…) montrent très clairement comment l'oeuvre à venir détermine l'esquisse qui en est le chemin" (L'inspiration, III, 5).

---> CANEVAS, DÉGROSSIR, DESSIN, ESQUISSE.

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30/04/2021

[ DÉCORATIF ]

  • Si le terme de "décoration" se trouve depuis fort longtemps dans le vocabulaire du théâtre, l'adjectif "décoratif" n'apparaît qu'au XIXe siècle, avec une valeur neutre, dans le sens : qui participe à l'ornementation de l'environnement. À partir de là, cet adjectif a pris deux valeurs opposées selon les auteurs ou les mentalités.
  • Tantôt, il est laudatif : serait décoratif tout ce qui flatte le goût et donne aux hommes une satisfaction hors de l'ordre biologique pur et de l'intellection pure. En ce cas, tout art est décoratif. Le décoratif souligne le structurel (cas des chapiteaux sculptés), renforce le charme d'un édifice en lui donnant une dimension culturelle, renvoie à tel ou tel trait de la sensibilité ambiante. Loin de résulter d'une horreur du vide, le décoratif naît du désir d'exciter l'imagination du public en lui présentant des effets raffinés, calligraphiques sur des thèmes souvent répertoriés.
  • Tantôt, il est péjoratif, qualifiant un ajout, un superflu, qui altèrent la forme pure, la structure d'un objet, d'un monument. Le décoratif pallie des défauts, des maladresses dans une architecture, un meuble, une reliure... Aujourd'hui, ce sens péjoratif tend à disparaître, et le sens laudatif prédomine.

---> DÉCORATIFS (ARTS), ORNER/ORNEMENT/ORNEMENTAL

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31/03/2021

[ CACOPHONIE / CACOPHONIQUE ]

  • Du grec κακός : mauvais et φωνή : voix. Qui sonne mal. Sens premier : rencontre de sons ou de syllabes qui heurtent désagréablement l'oreille (contraire : euphonie).
  • De nos jours, on utilise plus souvent ce terme pour qualifier une musique que l'on juge discordante, bruyante et incohérente. Telle serait par exemple la sonorité d'un ensemble instrumental dont chaque membre jouerait forte une musique différente, indépendamment des autres membres de l'ensemble.
  • Cependant, il faut remarquer qu'il s'agit d'un jugement subjectif qui peut être dû à un manque de culture musicale, à un trop profond dépaysement devant une musique novatrice ou appartenant à une civilisation différente. Aussi, beaucoup d'oeuvres aujourd'hui non seulement reconnues, mais considérées comme classiques ont été d'abord entendues comme "cacophonie". Wagner, Stravinsky sont de ce nombre.
  • Rendus prudents par de tels exemples, les critiques et les mélomanes évitent en général de se prononcer aussi catégoriquement, aussi trouvons-nous actuellement cette expression surtout dans la bouche des ennemis déclarés de la musique moderne, ou encore appliquée à des phénomènes sonores non musicaux. On pourra dire par exemple que dans une réunion contradictoire, les cris, les applaudissements, les sifflets et les bruits divers formaient une horrible cacophonie.
  • Tant en littérature qu'en musique, la cacophonies a été volontairement employée comme telle à des fins humoristiques, par exemple dans des pastiches, "à la manière de", etc.

---> BRUIT, DISCORDANT, DISSONANCE.

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